Avertissement :
le texte décrit le sentier tel que je l'ai parcouru il y a une trentaine d'années. Des choses ont pu changer depuis ! Si vous voulez partir sur mes traces, prenez la précaution de préparer votre randonnée avec les outils d'aujourd'hui (cartes, guides...), c'est plus prudent !
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La maison forestière a un air pitoyable, grande bâtisse jaunâtre aux volets verts fermés, bordée d'un jardin à l'abandon au milieu d'une vaste clairière. Elle fit revenir à la surface un souvenir cuisant de mon enfance. A cette époque, les vacances familiales nous amenaient dans la région du Mont Sainte Odile dont nous découvrions les sentiers avec une avidité insatiable. Un jour caniculaire d'août, nous sommes descendus du Mont Sainte Odile vers le Landsberg, munis de la bible des randonneurs des environs, le petit guide du chanoine Umbricht, que je relisais avec passion et que conserve encore avec émotion. J'étais impressionné par la barbe bifide de patriarche missionnaire de l'auteur, plus que par l'exactitude présente de ses descriptions, dont nous savions pourtant déjà qu'elles dataient... Nous en avons eu un nouvel exemple ce jour-là : confiants dans l'annonce des rafraîchissements servis à la maison forestière du Landsberg, nous avons vidé nos gourdes à la descente et nous sommes arrivés à sec devant les volets fermés. Abandonnée, la maison forestière, tarie, la source bienfaisante. Nous avons visité le château la langue sèche, et il fallait encore remonter au sommet pour prendre le car. Ce jour-là, nous avons décidé de ne plus faire confiance au guide mais le chanoine n'y était pour rien et n'a même pas dû se retourner dans sa tombe.
Aujourd'hui il fait beau mais moins chaud, et je rejoins sans encombre le pré qui se tient en avant du château et qui marque l'emplacement d'une basse-cour. Derrière les arbres apparaissent les tours et les courtines. Un lieu magique, où la légende a marqué son empreinte.
Dans ce pré, à la fin du mois de février, de petites fleurs jaunes éclosent sous les arbres, entre de petits tas de neige qui ne veulent pas accepter de fondre à l'approche inéluctable du printemps. En quelques jours, ce paysage morne à l'ombre de la ruine, reprend vie, inondé de mille gouttelettes d'or. Les éranthes d'hiver sont originaires du moyen-orient. Comment cette petite fleur s'est-elle acclimatée ici et nulle part ailleurs ? Quel chevalier nostalgique de la terre sainte où vécut le Sauveur en a rapporté ce témoin souriant ? Nul ne le sait. Malheureusement, ce phénomène botanique n'a pas résisté à la curiosité des scientifiques, à la nostalgie des médiévistes et à la stupidité de touristes rapaces. Année après année, le parterre s'est rétréci, au point qu'elles ont même été surveillées. Jusqu'au jour où les pépiniéristes l'ont inscrite à leurs catalogues et l'ont fait devenir parfaitement banale, ce qui a permis à la Schlossblümle (petite fleur du château) de survivre1. Et les poètes imagineront Herrade, la grande abbesse du mont Sainte Odile, dans ce parterre doré. Pourquoi pas, car, s'il est sûr pour les archéologues que le château n'existait pas à l'époque d'Herrade, il n'est sûr pour personne que les fleurs n'y étaient pas déjà en son honneur. Les fleurs ont ainsi aussi gardé son nom, Herradsblümle. C'est joli comme toutes les légendes.

> Découvrir le Landsberg...
> Un peu d'histoire...
Revoici la cour et le parterre des éranthes, comme un appel au rêve. La lignée des Landsberg n'a pas marqué l'Alsace ni par la gloire militaire ni par la richesse. Il n'y a plus que ces petites fleurs pour redire timidement que la vraie grandeur ne se mesure pas, c'est la grandeur d'âme. Elle ne fait pas de bruit ni d'éclat. Si on se souvient des Landsberg, ce n'est pas pour une ruine qui s'enferme dans l'ombre de l'oubli, mais pour le témoignage d'une femme hors du commun, Herrade.

1 J'en avais planté dans mon jardin. Elles ont fleuri quelques années mais n'ont pas tenu...


© Bonnet 2004

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