Avertissement :
le texte décrit le sentier tel que je l'ai parcouru il y a une trentaine d'années. Des choses ont pu changer depuis ! Si vous voulez partir sur mes traces, prenez la précaution de préparer votre randonnée avec les outils d'aujourd'hui (cartes, guides...), c'est plus prudent !
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Ce n'est qu'en 1867 que Le Hohwald fut érigé en commune. Le village a passé le moyen âge dans un total isolement. Au point de départ, ce n'est qu'une ferme, dépendant du village de Breitenbach, qui faisait partie de la seigneurie d'Ortenbourg, dans le Val de Villé. Seul un sentier permettait de passer le Kreuzweg pour y arriver. Il n'y avait aucune route dans la vallée de l'Andlau, très resserrée et rocheuse. La seule voie d'accès praticable aux convois était un chemin muletier qui partait près de Grendelbruch, remontait la vallée de la Magel, passait à la Rothlach, et, le long du Champ du Feu, rejoignait le Hohwald. Aujourd'hui, c'est du tourisme. Autrefois c'était la galère.
Petit à petit, des maisons se sont ajoutées, elles ont formé un village. Aujourd'hui c'est un important centre de villégiature, plutôt chic. Les uns diraient même snob, les autres, sensibles au charme de cette vaste clairière tapissée de vertes prairies et bordée par des phalanges de sapins y voient le point d'orgue de la création. Il faut reconnaître que le village, magnifiquement situé dans une cuvette, protégé des vents par la haute masse du Champ du Feu, ne manque pas d'attraits.
Depuis les hauteurs qui le dominent, le village offre un spectacle enchanteur. Les maisons sont dispersées dans la verdure de la clairière, les forêts descendent de touts côtés comme des draperies. Tout là-haut, les rochers hérissés du Neuntelstein contemplent avec émerveillement ce spectacle de paix.
La marche a repris. Les maisons éparpillées jusque sur les pentes de la Grande Bellevue suivront encore un peu le marcheur, mais voici la lisière de la forêt et le tableau bucolique s'efface pour de bon.
Les fourrés qui poussent dans le sous-bois sont de plus en plus épais. Le soleil est voilé par les nuages, il commence à faire sombre sous les sapins.
Le taillis est maintenant tellement épais que le sentier disparaît et qu'il ne reste plus qu'à longer la route, heureusement pas trop fréquentée. Ici et là, le sentier s'approche, quitte un buisson, pour en retrouver un autre.
Puis, alors que la vue se dégage, un sentier passe entre les broussailles et rejoint la route de la Rothlach, pour arriver devant la Maison Forestière du Welschbruch.
Le nom veut dire Clairière des Welsches. Le mot désigne ici, non sans dédain de la part des alsaciens de la vallée du Rhin, les habitants du Ban de la Roche et de la haute vallée de la Bruche, de langue française. Ils passaient par ici pour se rendre en pèlerinage au Mont Sainte Odile, mais le passage est plus ancien.
Du rebord de ce petit plateau, la vue se dégage vers la vallée du Hohwald ; au fond, la Grande Bellevue barre l'horizon. Elle est flanquée d'un côté de l'Ungersberg et de l'autre du Champ du Feu.
La forêt est toujours envahie de ronces et de broussailles ; il faut souvent traverser des torrents, en s'aidant de pierres plates moussues et glissantes. Ailleurs, les fourrés s'effacent, et c'est alors la haute futaie de sapins, semée de rochers.
La route serpente en contrebas, sillonnée d'autos miniatures.
Je traverse une plantation, d'où la vue s'ouvre vers la vallée de la Kirneck, qui prend sa source au Neuntelstein et qu'on peut enjamber au Welschbruch. Quelques lambeaux de nuages flottent comme des spectres au-dessus des sapins. Au-delà de la vallée, s'étend la ville de Barr, et au-delà la plaine que gagne l'ombre. La forêt elle-même est de plus en plus sombre.
Revoici la route, au Carrefour de la Breitmatt. Les rochers du Kienberg, dominent le paysage.
Le sentier s'avance sous bois sur le flanc sud de la montagne, au seuil du Mont Sainte-Odile.
Les arbres laissent une ombre rectiligne sous le soleil couchant. Devant moi, une biche passe en courant, pour disparaître en quelques bonds dans les taillis du sommet.
La vue s'ouvre de nouveau vers la vallée de la Kirneck et vers Barr, et au fond vers la plaine d'Alsace. A mes pieds, des arbres ont été abattus, et les troncs écorcés gisent, luisants, comme les marches d'un colossal chemin de schlitt, digne des géants qui peuplaient ces forêts avant l'apparition de l'homme.
Sur l'arête étroite qui joint le Kienberg la Bloss, se dresse le belvédère1, petite construction de bois, du haut de laquelle on a une vue magnifique vers le sud : au fond, la vallée boisée de la Kirneck, avec la ville de Barr ; dans l'écrin des forêts, voici la maison forestière Hungerplatz, et la silhouette du château de Spesbourg ; plus loin, c'est le château d'Andlau, qui lève ses deux tours symétriques avec un air pathétique. Au-delà, voici l'Ungersberg, splendide dans son isolement, flanqué du Dachfirst. Plus au fond encore, se dessinent le Haut Koenigsbourg et les montagnes du Val de Villé, envahies par l'ombre.
Le soleil couchant s'est dégagé des nuages et il n'émane nulle mélancolie, nulle tristesse de ce paysage ténébreux.
En contrebas du carrefour de la Bloss, on devine encore le carrefour des routes romaines.
Le sentier prend maintenant, à peu de distance de la route, le chemin du Mont Sainte Odile.
La brise s'est arrêtée ; la forêt est silencieuse ; on dirait qu'elle se recueille. Tout ici annonce la grandeur et la solennité du lieu où nous arrivons. Les sapins se dressent, droits et fiers. Des myrtilles alternent des fougères et des herbes folles, pour former un magnifique tapis, une mosaïque savante. Parfois, la brise reprend, et les arbres frémissent ; ils murmurent un psaume, et on croirait entendre les chœurs de l'abbaye reprendre l'antienne...
Je marche avec lenteur et l'émotion me gagne. Pour moi, depuis mon enfance, cette montagne est sacrée. La forêt semble s'être muée en une immense cathédrale.
Des blocs géants s'entassent dans la forêt : ils forment une gigantesque barrière, une enceinte de forteresse longue de plus de 10 kilomètres, haute par endroits de 3 mètres, et large de près de 2 m.
C'est le Mur Païen.
Ainsi, les trois plateaux voisins étaient devenus un refuge, une forteresse inexpugnable.
Voici un autre groupe de rochers, hauts de plusieurs mètres ; leur sommet a été creusé, peut-être artificiellement, et forme plusieurs cuvettes qui ont donné au rocher son nom de Beckenfels. Mais peut-être aussi y a-t-on vu un empilement de pains sortant du four d'un colossal boulanger.
Et la forêt s'ouvre brusquement ; de nouveaux rochers se dressent devant mes pas, barrant le chemin. Une petite chapelle, en piteux état, se tient sur l'un d'eux. On la nomme chapelle des rochers ; elle figurait l'église du village alsacien à l'exposition des arts décoratifs, en 1925, à Paris. Elle semble aujourd'hui bien démodée, et elle est prise comme cible par des vandales2.
Enfin, en contournant le rocher qui en porte encore les traces, je traverse la Porte Romaine, pour accéder sur le plateau du Mont Sainte Odile.

1 Le belvérère de la Bloss a malheureusement disparu depuis.
2 La chapelle des rochers, complètement délabrée, a été enlevée peu après mon passage.


© Bonnet 2004

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