Sentier des Roches : attachés au chemin !

Les randonneurs croisés sur le sentier des Roches (Stosswihr) au lendemain d’une nouvelle chute fatale évoquent l’amour de la montagne et le risque de la vie.

Un panneau, signé du maire de Stosswihr, annonce la couleur dès le col de la Schlucht : « Ce sentier est escarpé et demande des précautions à plusieurs endroits. » Pour Isabelle et Carole, deux randonneuses de La Bresse qui s’engagent sur le sentier des Roches, la signalisation n’est pas assez visible et informative. « Ce n’est pas parce que nous sommes dans les Vosges qu’il faut baisser la garde », insistent les deux sportives.

Feuilles mortes

Les feuilles mortes tapissent les combes et le chemin. Même sèches, comme hier, elles font glisser les semelles les plus crantées. Dans les parties les plus escarpées, une main courante rigide est scellée à la paroi ; à d’autres endroits, des passerelles métalliques surplombent l’à-pic.
Les gendarmes du peloton de montagne de Hohrod appellent les randonneurs à la plus grande vigilance : « L’humidité se dépose au sol, sur les roches, ajoutez à cela un tapis de feuilles, le terrain devient très glissant et la luminosité commence à baisser », prévient le major Philippe Viré. C’est d’ailleurs peut-être ce tapis de feuilles sur le sentier qui a désorienté la victime mardi à Stosswihr.
Le commandant du peloton recommande aussi de ne pas partir seul : « Mieux vaut être plusieurs sur ce genre d’itinéraire ». Dans leur enquête, les gendarmes n’ont aucun témoin du drame, des randonneurs ont juste entendu des appels au secours. L’octogénaire était un sportif accompli, un randonneur aguerri qui pratiquait chaque semaine et connaissait le sentier des Roches.

« Si ça ne tenait qu’aux faits divers, on resterait au lit »

« Il y a deux ans, nous avons doublé un couple dont l’homme a chuté. Il est décédé à l’hôpital », se souviennent Isabelle et Carole, habituées de cet itinéraire qui relie le col de la Schlucht au Frankenthal. « C’est un chemin escarpé qui nécessite d’avoir un bon équipement, à commencer par de bonnes chaussures et non des sandales. » « Nous ne sommes jamais à l’abri d’une chute. C’est toujours bête d’être au mauvais endroit au mauvais moment », notent Agnès et Marc. Ce couple de Bressauds essaie de « faire le sentier des Roches au moins une fois par an, à l’automne ». Ils « adorent » l’endroit. L’engouement pour ce sentier créé en 1906 par Heinrich Strohmeyer est partagé par des centaines de personnes chaque saison. « Même les marcheurs chevronnés peuvent être victimes d’un accident. Mais ce sentier n’est pas plus dangereux que les autres », poursuit le couple. « Ça reste la montagne. Si ça ne tenait qu’aux faits divers, on resterait au lit. » René, de Bruyères, s’apprête à parcourir pour la deuxième fois le sentier des Roches. « Habitué au hors-piste » et au rythme soutenu, l’ancien forestier « ne va pas courir ». « Je vais être extrêmement prudent et solide sur mes jambes », explique-t-il après avoir pris connaissance de la chute mortelle survenue la veille. « Je suis un Vosgien : je suis solitaire et têtu », lance-t-il avant de partir en direction de la falaise et suivre le célèbre rectangle bleu. De la couleur du vide qui tutoie le granit.

Article paru dans les Dernières Nouvelles du 18/10/17

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