Handicap : de Wissembourg à Sewen, l’autonomie retrouvée

Nicolas Linder et Daniel Budin sont malvoyants. Mais, grâce à un nouveau GPS à guidage vocal, ils sont désormais capables de randonner tout seuls. Partis de Wissembourg, ils arriveront à Sewen le 29 juillet.

Traverser l’Alsace à pieds lorsqu’on est non-voyant, un pari un peu fou ? Ce n’est pas l’impression que donnent Nicolas Linder et Daniel Budin. Partis de Wissembourg le 21 juillet, ils comptent parcourir à pied les 200 km qui les séparent de Sewen, où se déroulera l’anniversaire d’un très bon ami de Nicolas. « On s’est beaucoup soutenus lorsqu’on n’était pas bien, confie-t-il. Car quand on souffre de handicap, on souffre souvent aussi de solitude ».
Nicolas Linder est aveugle depuis l’âge de 5 ans. Il souffre également du spina-bifida, qui crée des troubles neurologiques et musculaires. À 32 ans, le jeune homme a l’impression de revivre, tout ça grâce à une application pour smartphone. « J’ai l’impression que ma vie a commencé il y a trois ans. Avant cette avancée technologique, je vivais reclus. Depuis que j’ai entrepris la randonnée, j’ai repris confiance en moi. Et, handicapé ou non, on a de meilleurs rapports sociaux lorsqu’on est souriant ».
Techniquement, le logiciel utilise tous les appareils de mesure du téléphone. Altimètre, gyroscope, boussole et GPS. La voix synthétique donne une orientation horaire. Midi, c’est tout droit. 6 h, faites demi-tour. Tous les 140 m, il y a un nouveau repère à atteindre. « C’est le jeu du petit Poucet. » Certains parcours proposent même des commentaires audio.
Daniel Budin a, quant à lui, 62 ans. Il a suivi la route de Compostelle en 2015, sans assistance technologique. « C’est un stress permanent de randonner lorsqu’on a une cécité visuelle. Je viens spécialement du Dauphiné pour apprendre à voyager avec cette application téléphonique avec Nicolas. » Et son prochain périple est déjà programmé pour septembre, ce sera le GR70 dans les Cévennes.
À la même période, Nicolas Linder se rendra à l’est de Madagascar. « C’est une forêt endémique que je rêvais de parcourir. Mais j’avoue que j’ai préféré prendre un guide sur place. » Car s’ils aiment l’aventure, ils ne souhaitent pas prendre de risques inconsidérés.
« Courageux », « exemplaires », « téméraires », « fous » ; nombreux sont les termes utilisés par les personnes qu’ils croisent sur leur route. « Nous ne sommes pas un exemple pour les autres. À titre personnel, c’est une petite victoire. Et, concernant les autres, on aimerait juste qu’ils changent leur regard sur le handicap, qu’ils arrêtent de croire qu’on ne peut rien faire lorsqu’on est non-voyant », conclut Nicolas Linder.

Témoignage paru dans les Dernières Nouvelles d'Alsace du 27 juillet 2017

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