Symphonie Vosgienne
A travers les forêts et les montagnes des Vosges...
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44

Voici l'hiver.
L'hiver dans mon cœur.
L'hiver dans la nature.
L'hiver de ma vie.
Combien de mes branches
retrouveront-elles
avec le printemps,
leur parure de feuilles ?
Combien de sève passera
dans mes fibres noueuses
pour gonfler quelques glands ?
C'est l'hiver,
mais ce n'est pas la déchéance.
Je regarde la nuit
dans cette cathédrale vivante
charpentée de sapins,
de chênes et de hêtres,
dont je suis un pilier.
Au loin, une pâle clarté
souligne les monts.
La lune dessine des ombres pâles
dans la neige.
Entre mes feuilles,
je vois sourire
les perles des étoiles.
J'écoute la nuit,
symphonie de silence.
Parfois on entend un hibou
ou le frottement d'un animal
dérangé par le froid trop vif
au fond de son sommeil,
ou encore une longue note
jouée par l'archet du vent
dans mes branches.
Et la nuit devient
le tabernacle du silence
au milieu de bruts sans nombre
qui sont comme la respiration
du mystère et de la légende.
Et la forêt devient la cathédrale
où chante la création.

Au fond du vallon,
la forêt étouffée
dans son manteau
de silence et de mystère
a arrêté l'horloge du temps.
Seul le ruisseau s'anime encore,
comme un refus de se résigner
à une attente sans espoir.
La neige tombe,
elle ne cesse de tomber.
C'est comme un rideau
qui masque le présent,
qui voile l'avenir.
Les arbres sont figés
comme des sentinelles.
La fontaine s'est endormie
dans un sanglot de cristal.
C'est comme un grand souffle d'éternité
qui passe sur la terre.
La glace revêt l'étang endormi
comme d'une cuirasse.
Puis le vent froid du nord
s'élève en tempête,
il soulève des tourbillons de neige.
Des formes fantastiques,
des lambeaux de nuées
traversent la forêt
et se donnent la chasse.
Toute la forêt gémit
en une plainte sinistre,
les quatre chênes
qui règnent sur la clairière
craquent en secouant leur manteau.
Enfin l'ouragan s'en va
sur une longue note...
c'est comme un fleuve qui passe.

La brume froide
s'étend sur le vallon,
noyant toute vie
dans un silence de tombeau,
dans un jour plus triste
que la nuit.
Puis une lueur diaphane
naît entre les arbres.
C'est comme si
le brouillard respirait,
comme si quelque chose
d'irrésistible, d'invincible
l'attirait vers le ciel,
comme s'il voulait
s'élever vers une vision de rêve
qui le fascine...
Et soudain le soleil apparaît
comme entre les montants
d'une porte d'ivoire.
Les brumes s'évanouissent
dans les profondeurs,
mais sur les sommets
irradiés de soleil,
la forêt s'habille de lumière,
la neige est semée de diamants.
Les brindilles ourlées de givre
sont devenues des dentelles de feu,
le ruisseau qui saute entre les rocs
et semé de perles
et d'étincelles.
On n'est plus sur terre.
C'est un sortilège,
un enchantement,
une transfiguration.

Voici l'hiver.
C'est l'hiver de ma vie,
c'est l'hiver dans mon cœur.
Mais l'hiver n'est pas
un temps de mort,
mais d'émerveillement.
Dans son dépouillement,
il offre plus de richesse
que le monde n'en contient.
Et aujourd'hui,
j'entrevois l'achèvement de ma vie
non plus comme quelque chose
d'inaccessible, de terrifiant,
mais avec sérénité,
avec émerveillement,
avec joie.