Symphonie Vosgienne
A travers les forêts et les montagnes des Vosges...
Parabole du Chêne

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16

J'ai vu passer encore
des hommes près de moi.
Ils se sont arrêtés
presque sur mes racines,
à la croisée des chemins.
J'aime les entendre parler.
Ils sont bien étranges,
les hommes !
Ils n'ont pas de racines,
aussi ne sont-ils
nulle part chez eux.
Ils bougent,
ils s'énervent,
ils voyagent,
ils ne tiennent pas en place,
il y en a même,
diton,
qui traversent l'océan...
Et pour quoi faire ?
Pour trouver
ce qu'ils ont chez eux ?
En sont-ils plus heureux ?
Je n'ai jamais vu
d'océan ni de fleuve,
d'étangs ou de châteaux,
de villes ou de prairies...
Je n'en verrai jamais.
J'ai toujours devant moi
le même horizon,
et chaque matin,
je le découvre encore
comme s'il était neuf.
Je vois parmi les branches
voleter les oiseaux,
et leur chanson m'enchante
quand le vent me l'apporte...
La lande autour de moi,
les broussailles et les fleurs,
les insectes et les oiseaux,
les cerfs et les chevreuils,
le vent et les nuages
ne sont jamais les mêmes.
Il n'est jamais deux jours
qui se soient ressemblés,
il n'est pas un instant
où mes branches ne vibrent
à une autre découverte
dans le trésor où je vis...
Je ne bougerai pas d'ici.
Mais je pourrais bien vivre
mille milliers de jours
avant de me lasser
de ce qui fait ma vie.

Je ne bougerai pas d'ici.
Même si je le pouvais.
Moi,
je suis un chêne libre.